par Humeyra Pamuk
Le vice-président américain J.D. Vance se rend mardi en Hongrie avec la mission de donner un coup de pouce à la campagne électorale du Premier ministre nationaliste sortant Viktor Orban, dont l'ambition d'être réélu se heurte à une difficulté sans précédent depuis le début de sa carrière politique.
A quelques jours à peine des élections législatives, le dimanche 12 avril, il est prévu que J.D. Vance rencontre Viktor Orban et participe au côté du dirigeant hongrois à un rassemblement de campagne, ont déclaré des sources gouvernementales à Budapest.
S'exprimant devant des journalistes avant de quitter Washington pour cette visite de deux jours, le vice-président américain a exprimé sa hâte d'aller "voir (son) bon ami Viktor".
"Nous allons parler d'un nombre de choses liées à la relation entre les Etats-Unis et la Hongrie", a-t-il ajouté, précisant que les relations avec l'Union européenne et l'Ukraine seraient évoquées.
Cette rare démonstration de soutien effectuée en personne par un haut responsable de l'administration américaine est le dernier exemple en date illustrant la volonté de Donald Trump de soutenir des dirigeants nationalistes partageant les mêmes idées que lui, comme en Argentine (Javier Milei) et au Japon (Sanae Takaichi).
Le président américain a décrit Viktor Orban comme un "dirigeant réellement solide et puissant", lui apportant son soutien en vue du scrutin.
D'après plusieurs enquêtes d'opinion indépendantes, le parti nationaliste Fidesz de Viktor Orban est devancé par le parti de centre droit Tisza, dont le chef de file est Peter Magyar, eurodéputé et ancien allié d'Orban qui a occupé différents postes influents au sein de son administration.
"SI ORBAN TOMBE, LE MOUVEMENT ANTI-LIBÉRAL EN SOUFFRIRA"
Il s'agit d'une situation sans précédent pour Viktor Orban, arrivé au pouvoir en 2010 et qui a mis en place ce qu'il a présenté comme une "démocratie anti-libérale" avec des grandes lignes politiques que l'on retrouve dans le programme de Donald Trump: lutte anti-immigration musclée, mépris pour les normes libérales, hostilité à l'égard d'institutions mondiales et attaques contre les médias, universités et ONG.
Le Premier ministre hongrois fut le premier dirigeant européen à soutenir la campagne électorale de Donald Trump en 2016, à l'issue de laquelle ce dernier a accédé pour la première fois à la Maison blanche.
"La visite de J.D. Vance n'est pas de la diplomatie routinière mais un véritable appui à Viktor Orban en amont des élections les plus compliquées de sa vie", a commenté Asli Aydintasbas, membre invitée du centre de réflexion The Brookings Institution.
"Pour l'administration Trump, Orban n'est pas simplement un pair conservateur mais une figure centrale dans des efforts pour établir un bloc anti-libéral à l'intérieur de l'Europe", a-t-elle ajouté. "Si Orban tombe, le mouvement en souffrira".
De longue date, Viktor Orban est en désaccord profond avec Bruxelles sur un éventail de sujets, dont l'Ukraine, alors que le dirigeant hongrois a maintenu des liens cordiaux avec la Russie et son président Vladimir Poutine, refusant d'envoyer des armes à Kyiv et s'opposant à ce que celui-ci intègre l'UE.
UNE VISITE AUX EFFETS INCERTAINS
Effectuant une visite en Hongrie en février dernier, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré que l'administration Trump voulait s'assurer de la réussite de Viktor Orban, soulignant que la poursuite de liens robustes entre Washington et Budapest dépendait de la réélection du dirigeant hongrois. Il a même laissé entendre que les Etats-Unis pourraient apporter une aide financière, sans en dire davantage.
Le soutien apporté par l'administration Trump à Viktor Orban, notamment via la visite de J.D. Vance, pourrait ne pas suffire pour influencer les électeurs hongrois, ont dit des analystes politiques, notant que des questions internes comme le coût de la vie étaient au coeur de la campagne électorale.
"On peut se demander si la visite de Vance va renforcer ou réduire les chances d'Orban", a déclaré Stephen Wertheim, historien et chercheur au centre de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.
Alors que Viktor Orban "se positionne comme un bastion de stabilité géopolitique", a-t-il poursuivi, "l'administration de Vance livre une guerre à l'Iran qui a, de manière prévisible, déstabilisé le Moyen-Orient et nui aux économies européennes".
"L''America First' sied de moins en moins au nationalisme européen", a-t-il ajouté.
Aussi bien pour des adversaires que pour des alliés traditionnels des Etats-Unis, le programme de Donald Trump ressemble de manière accrue à l'"Amérique seule", les campagnes militaires et les tensions avec les Européens ayant rythmé les quinze premiers mois du second mandat du président américain.
S'ils partagent des positions similaires sur l'immigration et le changement climatique, les mouvements populistes et d'extrême droite en Europe ont pris de la distance avec le locataire républicain de la Maison blanche sur d'autres questions, certains dénonçant son désir de contrôle du Groenland et sa politique erratique de droits de douane.
(Humeyra Pamuk; version française Jean Terzian)

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